L’extrême droite infuse ses idées en utilisant la Culture – Les Musicien.nes refusent de se faire instrumentaliser

La bataille culturelle de l’extrême droite est bel et bien engagée, et ses conséquences se font déjà sentir. Nous devons nous préparer à une offensive toujours plus brutale contre nos possibilités de travailler, de créer et de diffuser nos œuvres. Depuis deux ans, la liste des concerts annulés, des artistes déprogrammés et des événements censurés ne cesse de s’allonger.

Tous les courants politiques ont compris le pouvoir de la musique, comme celui de la culture en général. Nous, musiciennes et musiciens, enseignantes et interprètes, savons que notre travail ne se limite pas à transmettre un savoir ou à produire des œuvres : il façonne des imaginaires, véhicule des valeurs, porte des idées et contribue à construire les représentations qui traversent la société. C’est pourquoi nous sommes au cœur de la bataille culturelle. Nos esthétiques musicales ne sont jamais neutres : elles sont investies de significations, de récits et de rapports de force. Face aux offensives réactionnaires, nous avons la responsabilité de faire vivre une musique porteuse d’émancipation, d’ouverture et de solidarité. Une musique qui demeure un rempart contre le fascisme.

La différence de traitement médiatique entre ces différentes annulations participe elle aussi à cette instrumentalisation. Qu’il s’agisse de la censure visant le rappeur Médine, de l’annulation du concert Queen Forever, du festival de jazz de Vauvert, du concert de Liraz à FGO Barbara ou encore de la déprogrammation du groupe nord-irlandais Kneecap par Rock en Seine, un même phénomène est à l’œuvre : pour des raisons politiques toujours réactionnaires ou idéologiques, ces artistes ont été empêchés de se produire. Derrière ces décisions, c’est l’idéologie qui cherche à dicter ce qui peut ou ne peut pas être entendu.

Le problème le plus profond est sans doute celui de la censure invisible. Les artistes ne sont pas déprogrammés, ils ne sont juste pas programmés. Dans un climat où les pressions politiques et idéologiques se multiplient, comment ne pas être tenté de s’autocensurer afin de garder des chances de travailler ? Cette autocensure silencieuse, difficile à mesurer mais bien réelle, constitue l’une des formes les plus insidieuses de la bataille culturelle. En être conscient est sans doute le seul remède.

Nous revendiquons le boycott culturel comme une forme d’action politique pacifique qui ne s’attaque en aucun cas à l’intégrité physique individuelle, tout particulièrement de musiciens ou musiciennes sur scène. Ce mode d’action ne saurait être assimilé à une quelconque censure. Dans une société démocratique, il est essentiel de préserver la possibilité de recourir à de tels moyens de contestation, alors même que cette liberté est aujourd’hui de plus en plus remise en cause.

Plus que jamais, nous devons nous rassembler pour dénoncer toutes les formes de censure, quelles qu’elles soient, et les combattre avec la même détermination et sans les hiérarchiser.